Comment fabriquer sa gouache… Et son acrylique

Il arrive parfois que l’on me commande la création d’une fresque murale  peinte à la gouache.

Pourquoi la gouache et pas l’acrylique?

Parce que la matité veloutée de la gouache est inimitable. Parce que cette technique autorise également toutes les retouches dans le temps. Certes la matière reste plus fragile que l’acrylique, et moins durable qu’une peinture à l’encaustique ou à l’huile… Mais sa technique d’application, la rapidité avec laquelle on doit l’appliquer entraine des choix d’exécutions spécifiques. Le peintre confirmé jouera avec ces contraintes techniques et saura rendre une oeuvre tonique, enlevée, profonde, toute en structure et en modelé…

Il peut être intéressant pour les grandes surfaces (plus de 1m2) de savoir fabriquer sa couleur sur place, « au pied du mur », ou de la préparer par avance en la stockant dans des bidons hermétiques… C’est facile. Cela demande toutefois de bien comprendre l’ordre et les dosages que je vais vous donner à titre indicatif. Vous pourrez au moment de la réalisation de votre oeuvre faire varier en dernière instance l’onctuosité de votre pâte…

Les ingrédients: du pigment pur en poudre (contenant généralement une charge: craie, talc, etc…), du fiel pour coloris (ou fiel de boeuf), de la gomme arabique liquide, un agent conservateur (vendu sous cette appellation, agissant en tant que fongicide), une plaque lisse pour le broyage (marbre, verre, palette vernie…), un couteau à palette et une cuillère pour le dosage, des pots hermétiques ou des tubes vides pour la conservation. Pour le nettoyage: une bassine et de l’eau… C’est tout. Passons aux photos.

Commençons.

Une cuillère bien remplie de pigment pur
Une cuillère bien remplie de pigment pur
Former un creux au milieu du pigment. Ajouter une cuillère de fiel pour coloris (fiel de boeuf)
Former un creux au milieu du pigment. Ajouter une cuillère de fiel pour coloris (fiel de boeuf)
Le fiel est au centre du pigment, près à être malaxé
Le fiel est au centre du pigment, près à être malaxé
Empâtage du pigment avec le fiel. Quelques gouttes de fiel pourront être ajoutées avec précaution. Le mélange doit être épais
Empâtage du pigment avec le fiel. Quelques gouttes de fiel pourront être ajoutées avec précaution. Le mélange doit être épais
Il faut malaxer lentement et faire disparaître les grumeaux.
Il faut malaxer lentement et faire disparaître les grumeaux.
Lorsque la pâte est lisse, épaisse, on ajoute une demi cuillère de gomme arabique liquide
Lorsque la pâte est lisse, épaisse, on ajoute une demi cuillère de gomme arabique liquide
Si vous souhaitez conserver une grande quantité de gouache pour un travail ultérieur, ajoutez pour 1 litre de peinture, entre 8 et 10 grammes d'agent conservateur
Si vous souhaitez conserver une grande quantité de gouache pour un travail ultérieur, ajoutez pour 1 litre de peinture, entre 8 et 10 grammes d'agent conservateur

Il est important de retenir que le fiel sert seulement à diluer le pigment. Vous ne pouvez pas peindre avec ce mélange: il ne tiendrait pas, il redeviendrait poussière et finirait par tomber rapidement. La fonction du fiel est d’agglomérer entre elles les molécules de la poudre colorée afin de faciliter et d’accélérer l’adjonction du liant pour la gouache: la gomme arabique liquide. Les proportions indiquées permettent de réaliser une gouache standard. Vous pouvez augmenter le pourcentage de pigment, lentement, afin d’augmenter le pouvoir couvrant de votre peinture, ou alors le diminuer afin d’obtenir une couleur plus transparente. Je vous conseille dans ce dernier cas d’augmenter la quantité de fiel dans la préparation, et non pas celle de la gomme arabique liquide: en effet, trop de gomme rendrait votre gouache cassante et friable!

Pour la fresque murale, en intérieur bien sûr, (car la gouache, même si elle est faite « maison » reste sensible à l’eau), vous pouvez peindre sur de très nombreux supports non gras. J’ai peint récemment à Nice une petite composition de 2m2 environ sur une dalle de verre trempé accrochée sur un mur… Je cherche la photo et je vous la montre…

Pour l’acrylique, le procédé est le même. Ce sont les produits qui changent…

Les produits de base pour la fabrication de la peinture acrylique
Les produits de base pour la fabrication de la peinture acrylique
Mouiller le pigment en poudre dans quelques gouttes d'eau. Laisser le trempage se faire un moment.
Mouiller le pigment en poudre dans quelques gouttes d'eau. Laisser le trempage se faire un moment.
Le mouillage sert à limiter la formation des grumeaux. Ne pas exagérer la quantité d'eau. Le mouillage produit une pâte épaisse
Le mouillage sert à limiter la formation des grumeaux. Ne pas exagérer la quantité d'eau. Le mouillage produit une pâte épaisse
Malaxage du liant méthylcellulose avec le pigment mouillé.
Malaxage du liant méthylcellulose avec le pigment mouillé.
Le pigment empâté est solide. A ce volume on ajoute environ 1 volume et demi de liant acrylique.
Le pigment empâté est solide. A ce volume on ajoute environ 1 volume et demi de liant acrylique.
Mélange final de la couleur acrylique. La consistance se règle à ce niveau là de la préparation.
Mélange final de la couleur acrylique. La consistance se règle à ce niveau là de la préparation.

Pour l’empâtage du pigment, (en remplacement du fiel pour la gouache), vous utiliserez une solution de méthylcellulose…

Qu’est ce que c’est?

Pas de panique, c’est facile. Vous achetez un flacon de liant méthylcellulose en poudre (on en trouve dans la marque Française Sennelier par exemple). Je vous conseille d’en préparer une bouteille de 2 litres si vous travaillez en grand format.

Vous prenez une bouteille en plastique vide et propre, type bouteille d’eau minérale du commerce. [Sur la photo vous voyez une bouteille en verre dont je me sers pour la conservation]. Les proportions sont celles-ci: remplissez votre bouteille d’eau à la moitié de sa capacité, puis ajoutez lentement, (je dis bien LENTEMENT), 85 grammes de poudre de méthylcellulose. Par petites étapes. Fermez la bouteille et secouez énergiquement. Continuez jusqu’à verser toute la poudre.

Lorsque le mélange est homogène, vous ajoutez une quinzaine de grammes d’agent conservateur. Complétez le reste de la bouteille avec de l’eau. Et voilà. Vous venez de fabriquer votre liant d’empâtage.

Que vous fabriquiez quelques grammes de couleur, ou une plus grande quantité que vous conserverez dans un bocal hermétique,  je vous conseille de mouiller votre pigment avec quelques gouttes d’eau avant d’y incorporer votre liant méthylcellulose. Laissez reposer la poudre pour que le trempage se fasse bien: le but est de limiter la formation des grumeaux. Vous ajoutez ensuite votre liant méthylcellulose: pour 100 grammes de poudre de pigment, vous ajoutez 3 cuillères à soupe de liant de méthyle. Malaxez longuement votre pigment pour obtenir une pâte épaisse. Avec le méthyle c’est plus facile qu’avec le fiel, car il est par nature plus épais.

Votre poudre colorée empâtée, normalement sans grumeaux, vous pouvez ajouter le liant acrylique. A cette étape, sachez que vous pouvez ajouter toutes sortes de liants acryliques: liant brillant, mortier lisse ou mortier structuré, sablé, gel épais, etc… Le dosage du liant avec la pâte de méthyle est très variable en réalité. Il influera sur l’opacité de la couleur, sur sa consistance (peinture finale liquide ou solide…). Disons, pour commencer, que vous pouvez ajouter au volume de pâte / méthyle, 1 volume et demi de liant pur. La couleur obtenue est très couvrante, plutôt siccative, elle garde l’empreinte de la touche de pinceau ou de couteau (pour celles et ceux qui aiment peindre en empâtements sans adjonction de mortier supplémentaire).

Une astuce: pour la fabrication en quantité de la couleur, vous pouvez mettre dans le bocal 1 ou 2 billes de verre, (les billes des enfants): cela vous permettra, en secouant votre récipient, de malaxer plus rapidement vos couleurs avec le méthyle, puis avec le liant acrylique. Un peu comme les billes à l’intérieur de certaines bombes aérosols de peinture ou de vernis… Ou bien, vous pouvez dédier un fouet de cuisine pour ce seul usage, c’est très pratique aussi, mais plus salissant. Dans tous les cas, le brassage de la couleur est une opération longue. Armez vous de patience…

Cette base de dosage de la couleur peut varier: ajoutez une demi part de liant méthyle et diminuez la demi part correspondante de liant acrylique. Votre mélange devient plus souple, un peu plus transparent, il allonge un peu le temps d’ouverture pour le travail, les empâtements seront moins épais…

Votre expérience vous apprendra le dosage de vos couleurs (transparentes, opaques…). Pour les matériaux supplémentaires, comme le sable de rivière, le gravier, le papier, (etc…),  je vous conseille d’attendre le moment de la création pour les ajouter à votre couleur: certains matériaux contiennent des impuretés qui pourraient « faire tourner » votre mélange si vous ne l’utilisez pas tout de suite, et rendre votre peinture inexploitable. Prudence.

On m’a demandé si il était obligatoire d’utiliser le liant d’empâtage de méthylcellulose pour fabriquer la couleur acrylique. La réponse est non, ce n’est pas obligatoire. Toutefois, l’intérêt que présente ce liant de méthyle est celui-ci: il vous permet de malaxer longuement votre pigment pour un broyage parfait sans sécher sur votre palette ou dans votre bocal, il vous permet également de faire de conséquentes économies, car il remplace avantageusement et à moindre coût le liant acrylique pur. Pour ma part, je l’utilise surtout lorsque je prépare des quantités importantes de couleurs de base: blanc, noir, jaune, rouge et bleu, ocre jaune, ocre rouge, terre d’ombre brûlée, vert phtalo… Sans le liant de méthyle, n’hésitez pas à bien mouiller votre poudre colorée…

Laisser un commentaire

Free Art Database for Searchers, Teachers and students